La France a-t-elle rejeté une proposition de cessez-le-feu dans Gaza ? Ce n’est pas si simple

Depuis le début de la guerre Hamas-Israël, après le « déluge d’Al-Aqsa » le samedi 7 octobre, les pays internationaux se sont réunis à plusieurs reprises afin d’envisager la suite du conflit. Seulement, sur le dossier du Proche-Orient, les Nations Unies peinent à trouver un accord. D’aucuns défendent l’Etat hébreu, d’autres se disent davantage propalestinien. Certains prônent avant toute chose le cessez-le-feu et envisagent la mise en place d’une solution à deux Etats. Mais les discussions n’avancent pas.

Ce mercredi, le conseil de sécurité de l’ONU a une nouvelle fois rejeté un projet de résolution sur Gaza. Ce nouvel échec fait suite à plusieurs désaccords entre les Etats membres obligés parfois de s’abstenir ou de voter contre. Le 16 octobre dernier, la France a par exemple voté contre un projet de résolution russe réclamant « un cessez-le-feu immédiat »… laissant quelques sceptiques sur les raisons de cette décision.

Sur Facebook, une vidéo virale diffusée par le compte Break News accuse la France qui aurait avant tout protégé sa relation avec Israël. Si la France a bien voté contre cette résolution, l’actualité ne peut se résumer si simplement. 20 Minutes vous explique pourquoi à travers quelques questions.

FAKE OFF

Comment ça marche le conseil de sécurité de l’ONU ?

Il est nécessaire de s’interroger sur cette question avant de revenir sur les dernières discussions. Au conseil de sécurité des Nations Unies siègent quinze membres. Chacun a sa propre voix. « Le Conseil de sécurité est compétent au premier chef pour constater l’existence d’une menace contre la paix ou d’un acte d’agression. Il invite les parties à un différend à régler ce différend par des moyens pacifiques et recommande les méthodes d’ajustement et les termes de règlement qu’il juge appropriés. Dans certains cas, il peut imposer des sanctions, voire autoriser l’emploi de la force pour maintenir ou rétablir la paix et la sécurité internationales », rappelle le site de l’ONU.

Les quinze membres actuels se composent de cinq membres permanents (Chine, Etats-Unis, Russie, France et Royaume-Uni) auxquels s’ajoutent des membres élus pour deux ans (actuellement l’Albanie, le Brésil, les Emirats arabes unis, l’Equateur, le Gabon, le Ghana, le Japon, Malte, le Mozambique et la Suisse). Pour qu’un projet de résolution soit adopté, au moins neuf membres doivent voter pour, sans aucun veto des cinq membres permanents.

Que s’est-il passé lors du vote de la proposition russe ?

Comme nous l’expliquions précédemment, le 16 octobre dernier, un projet de résolution a été proposé par la Russie. Il appelait à un cessez-le-feu humanitaire dans la bande de Gaza, mais aussi à la libération de tous les otages, l’accès à l’aide et à l’évacuation des civils. Ce projet de résolution a reçu cinq voix pour (Chine, Gabon, Mozambique, Russie et Émirats arabes unis) et quatre contre (France, Japon, Royaume-Uni et États-Unis), avec six abstentions (Albanie, Brésil, Équateur, Ghana, Malte et Suisse).

Ici, ce n’est pas tant les propositions pour améliorer la situation à Gaza qui ont fait tiquer les pays dissidents, mais l’absence de condamnations de l’attaque terroriste du Hamas. « La France a voté contre le projet russe car plusieurs éléments essentiels manquaient », a justifié sur le réseau social X Nicolas de Rivière, ambassadeur et représentant permanent de la France aux Nations Unies. Sur le site des Nations Unies, l’ambassadeur appelle à davantage condamner l’attaque terroriste du Hamas contre Israël, tout en encadrant l’aide humanitaire et en protégeant la population civile de Gaza.

D’autres pays dissidents ont été bien plus fermes. « Le Hamas doit être tenu pour responsable de ses actes. Il ne représente pas le peuple palestinien et il n’a rien fait pour promouvoir la paix et la stabilité, préférant le chaos », a estimé la représentante des Etats-Unis Linda Thomas-Greenfield, réaffirmant dans un billet « le droit inhérent de légitime défense » d’Israël. Une demande similaire a également été prononcée par le Royaume-Uni.

Y a-t-il eu d’autres propositions par la suite ?

Oui, mais elles se sont toutes soldées par un échec. Deux jours plus tard, le 18 octobre, un texte proposé par le Brésil a fait plus largement consensus avec 12 voix pour, mais a été abandonné face au veto des Etats-Unis. Le texte cette fois demandait « des pauses humanitaires visant à permettre un accès total, rapide, sûr et sans entrave aux organismes humanitaires des Nations Unies » à Gaza, tout en condamnant « les actes de violence et d’hostilité dirigés contre des civils ainsi que tous les actes de terrorisme ». Mais les Etats-Unis ont estimé que la résolution ne mentionnait pas assez le droit d’Israël de se défendre.

Dans un communiqué, la France a déclaré regretter l’échec de projet de résolution. « Le projet de résolution rappelait également la perspective des deux Etats, vivant côte à côte dans des frontières sûres et reconnues et soulignait l’importance de multiplier les efforts afin d’empêcher une escalade au Proche et Moyen-Orient », était-il également rappelé avant d’ajouter que la France restait mobilisée pour « répondre à l’urgence humanitaire ».

Et depuis ?

Toujours rien. Ce mercredi, le conseil de sécurité de l’ONU a de nouveau débattu de deux projets de résolution proposés par l’une par les Etats-Unis, l’autre par la Russie. La première demandait « une expansion de l’aide humanitaire » dans Gaza. La seconde appelait à nouveau à « un cessez-le-feu humanitaire » immédiat et condamnait les « attaques abominables du Hamas ». Les deux ont été rejetées. Du côté de la France, le pays a voté pour la première et s’est abstenu devant la seconde.

Plus largement, cette voie sans issue dans laquelle se trouve le conseil de sécurité de l’ONU est révélatrice des nombreuses discordes entre les pays occidentaux, la Chine et la Russie.

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