Bébé de 11 jours à la rue, familles dormant dans des écoles… Ian Brossat interpelle l’Etat

Elles dorment dans une grande salle avec des matelas en mousse, des couvertures, mais à l’école de la rue Richomme, dans le 18e à Paris, il fait quand même froid la nuit. « Au maximum 13 degrés, sans doute entre 10 et 13 degrés », explique Manon Luquet, membre du collectif d’1 école 1 toit (collectif Jamais sans toit), qui s’occupe de quatre familles qui ont trouvé refuge dans cette école depuis un mois, après avoir passé l’été à la rue.

« On refuse que des enfants scolarisés dorment à la rue, en aucun cas les écoles n’ont vocation à être des lieux d’hébergement », s’indigne Manon Luquet. En tout 8 enfants, âgés de deux mois à 10 ans, vivent la nuit entre ces murs. Deux personnes sont diabétiques et un enfant est malade. Le matin, raconte Manon Luquet, il faut tout ranger au plus vite avant que les cours ne commencent, et déguerpir.

Un bébé de 11 jours mis à la rue le 25 octobre

Dans le 18e arrondissement, plus d’une cinquantaine d’enfants se rendent tous les matins à l’école après avoir passé la nuit dehors ou dans des abris de fortune, et 27 familles dorment dans des écoles, selon le sénateur Ian Brossat, qui s’appuie les derniers diagnostics effectués par les services sociaux. À Paris, une famille avec un bébé de seulement 11 jours a été mise à la rue le 25 octobre, obligeant l’avocat de l’association Utopia 56 à attaquer l’Etat en justice. « L’État est tellement défaillant qu’il faut saisir un juge pour ça » commente sur Twitter l’association. Selon Maître Djemaoun, la préfecture d’Ile-de-France a proposé un hébergement en Pays-de-Loire juste avant l’audience, qui s’est tenue ce vendredi matin. Mais pour l’avocat, cette décision « interpelle sur les priorités du 115 ». D’autant qu’un autre bébé de 7 jours seulement se trouve à la rue, pour lequel l’avocat vient aussi de saisir ce vendredi la justice.

À l’école de la rue Richomme, une mère de quatre enfants a connu une situation similaire, selon Manon Luquet, se retrouvant dans la rue avec un bébé de 5 jours. « Eux ont parfois des propositions du 115 pour quelques jours, les autres pas du tout », commente-t-elle.

« Aujourd’hui on s’est habitués à cela, c’est peut-être le plus scandaleux »

C’est pour faire cesser cette situation que le sénateur communiste de Paris Ian Brossat a prévu de poser une question écrite au Sénat, mardi 31 octobre. Dans le texte que nous nous sommes procurés, Ian Brossat « appelle l’attention de Mme la ministre des solidarités et des familles sur l’inquiétante situation des familles sans solution d’hébergement à Paris » et « demande quand elle entend organiser une mise à l’abri, avec des solutions adaptées à chaque situation, pour l’ensemble de ces familles ».

« Ce que je trouve fou c’est qu’il y a quelques années ce type de situations aurait suscité une révolte massive. C’est quand même effarant que des enfants scolarisés dans nos écoles y arrivent après avoir dormi dans des abris de fortune. Aujourd’hui on s’est habitués à cela, c’est peut-être le plus scandaleux, il faut réagir », commente le tout nouveau sénateur de Paris, ancien maire adjoint au logement à la Mairie de Paris. « C’est révoltant, il est temps que l’Etat réagisse et saisisse la main que la Ville de Paris lui a tendue : nous avons fait beaucoup de propositions de sites. Il semble qu’il y ait une stratégie délibérée pour diminuer le nombre de places en Ile-de-France et les mettre en région » ajoute Ian Brossat.

431 enfants de moins de 3 ans à la rue en Ile-de-France

Plus de 1.300 enfants vivent à la rue en Ile-de-France, dont 431 ont moins de 3 ans, selon le Collectif des associations unies. C’est à Paris que la situation est la plus tendue, avec 1.328 demandes de personnes en famille non pourvues.

Dans une tribune publiée le 17 octobre, les associations ainsi que 55 parlementaires de différents partis réclament également la mise en œuvre d’une programmation pluriannuelle « de la rue au logement », dotée de « moyens suffisants » pour que tous les enfants soient hébergés et pour « favoriser leur accès au logement durable en produisant et en attribuant davantage de logements sociaux ».

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